Une ombre vert mordoré est entrée dans mes yeux – Marie Laureillard (French)

Une ombre vert mordoré est entrée dans mes yeux

Dans la forêt
j’ai marché sur un parterre d’ail sauvage
des grenouilles ont jailli de toutes parts
une ombre vert mordoré est entrée dans mes yeux

Par moments je m’allongeais
les joues ancrées sur le sol humide
pour écouter les pulsations de la terre

Apercevant le béton de la ville
j’ai enfoui mon visage dans le tapis de feuilles

Les enfants ont sombré dans un sommeil profond
les dents vibrantes de cauchemars
dans un mini-choc
écho de l’impact des briques, du mortier et du sang

Mes rêveries sombres et sans éclat
sont emplies d’un noir homogène
mes jours en sont comblés

Auparavant je les ai toujours vus
cheminer jour et nuit
ceux qu’ils ont perdus me font pleurer
toute une génération s’est éteinte
brève et entière
comme les grenouilles tombent dans l’eau
en un instant sans laisser de trace

Marie Laureillard